Société

Le grin: lieu de culture ou de paresse ?

La vie en communauté est indispensable à l’homme et à son épanouissement. Il a besoin de tisser des relations avec les autres et de continuer à travailler sur leur pérennisation. Cela lui permet de se sociabiliser, se familiariser avec ses semblables, avoir l’esprit de solidarité, retrouver du réconfort  et l’assistance auprès de ses semblables. Le stagirite (Aristote) nous apprend qu’aucun être humain ne saurait vivre en dehors de la société à moins qu’il ne soit une bête, un diable ou un Dieu. 

Ainsi, les hommes n’étant pas des extraterrestres se lient amitié, se côtoient ou  fondent des relations à long terme ou à court terme. La durée dépend de ce sur quoi cette relation est fondée. C’est en cela des regroupements comme les grins, les rencontres prennent tout leur sens. 

         Qu’est-ce qu’un grin

Le grin est un groupement d’individus qui se retrouve généralement  au tour du thé pour causer, discuter des sujets et des préoccupations de l’heure dans leur société, dans leur pays et plus loin sur l’actualité d’autres localités dans le monde. C’est aussi un lieu de relaxe et de divertissement. Cette forme de regroupement est une réalité dans la société malienne. Dans les milieux urbains, le grin ne reconnaît pas forcément les différences d’âge, de sexe, d’ethnie ou encore les orientations religieuses. Ainsi, nous avons les grins des vieux, des jeunes ou encore un grin homogène où vous verrez des aînés et cadets ensembles. De nos jours au Mali surtout à Bamako, on a plus de temps pour lui que pour sa propre famille chez beaucoup. Mais qu’est-ce qui se dit d’important là-bas pour lequel on ne veut pas s’en passer? 
Il est sensé être instructif, mais aujourd’hui il donne lieu à la paresse et l’endoctrinement surtout pour les jeunes qui, au lieu, de vaguer à d’autres affaires, à se projeter sur l’avenir, passent une grande partie de leur temps à se chamailler dans les ruelles de nos villes. Or on le sait tous l’avenir d’un pays repose sur sa jeunesse. 

Pour cause, les sujets les plus abordés dans nos grins sont : la religion, la femme, la vie de star, les exploits ou succès.

           Pourquoi la religion?

 Parcequ’on se croit plus religieux à tel point vouloir vaille que vaille vivre pour la religion dans la bouche et non par l’acte. Donc toute question qui rentre dans la religion est une question sensible et les points de vue se divergent. En parlant de la religion musulmane qui est la religion que pratique la majorité des Maliens, les jeunes passent leurs temps à échanger sur des leaders religieux  que sur la religion musulmane elle-même. Tantôt on oppose les différentes confréries musulmanes présentes tantôt on oppose les tenants de ces courants. Chose qui met en mal la cohésion sociale. Or la religion musulmane est censée être une religion de paix. Donc il y a mieux à faire que mettre dos à dos les uns et les autres.

Qui n’aime pas la femme et qui n’en parle pas?

En tout cas, pas au grin. On ne se fatigue pas d’en parler même celle qu’on voit de passage seulement. Par contre, on prend du plaisir à aborder la question. Comme pour parler comme l’auteur de « Maintenant ça suffit, il faut que ça change », le pasteur Yvan Castanou, quand on aime une femme, ses réflexions et ses échanges sont pour la plupart centrés sur elle. Ce faisant, il y a ceux qui se prennent pour des spécialistes qui prétendent connaître les femmes plus qu’elles-mêmes d’une part et d’autre part ceux qui prennent du plaisir à les écouter. Astuces, conseils y sont donnés pour pouvoir faire plus de conquêtes amoureuses ou pour maintenir l’ordre dans son foyer si l’on est marié. Il arrive souvent aussi d’être poussé à mener une ou des relations extra-conjugales tout en étant engagé dans celle conjugale. Les femmes aussi ne sont pas en reste, elles aussi en grin, font pareil. 
À côté de ce sujet, il y a également celui lié à la vie des stars au menu des échanges au grin.

 Tout le monde veut devenir une star… 

Nous envions les stars, leur vie, leurs succès, mais jamais on ne se demande comment elles sont devenues ainsi. Certes, le rêve de tout un chacun est de réussir un jour dans la vie. C’est pourquoi on travaille durement, on s’inspire des grands ou du moins de ceux qui ont réussi. La vie appartient à ceux qui se lèvent très tôt, ceux qui se battent, car après tout elle est un combat. Or au grin, la plupart d’entre nous ne travaillent pas où ne veulent pas travailler. C’est le cas de nos jeunes qui après avoir terminé leurs études, se trouvent en chômage. Car beaucoup ne veulent entreprendre d’autres activités régénératrices pendant ce temps que passer leurs temps autour du thé en attendant qu’ils soient embauchés par une structure privée ou étatique. 
Tandis que ceux sur lesquels ils passent leurs temps à parler se sont battus pour arriver là où ils sont maintenant. Les Messi, les Ronaldo, les pep Guardiola, les Morinho(football) ou encore les Niki, les Rihanna (musique) se sont battus pour leurs idéaux, leurs visions, leurs passions pour devenir des stars de classe mondiale. 

Nonobstant ceux-ci, de nos jours la vie au grin va de pair avec la délinquance, le banditisme, le vagabondage. Dans certaines ruelles, la drogue, la cigarette sont fumées, l’alcool aussi y est consommé. 

Si au grin, certains ne prennent qu’un peu de leur temps, cherchent un moment de relaxe, d’échanges d’idées sur des sujets sur la citoyenneté, le patriotisme… d’autres y consacrent tout leur temps à parler de tout sauf d’important et à forger la paresse en eux. Or la paresse n’amène nulle part, elle fait plus de mal que du bien, alors remettons-nous  sur le chemin du travail. 

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