Droits de l'homme, Faits divers

Du poisson d’avril à la prison: revoyons nos jeux 

On est au mois d’avril. Avril où informations et rumeurs se mélangent abondamment et constamment, voire le prima de la seconde sur la première à tel point qu’on se perd souvent à distinguer la vraie information de la fausse. En d’autres termes, qu’est-ce qui est à prendre comme information et ce qui ne l’est point. L’Internet, les réseaux sociaux, la rue et même des journaux sont des canaux par lesquels certains se plaisent à fabriquer intentionnellement des histoires ou scènes,  de toute pièce avec un style humoristique ou presque, qui n’ont pas eu lieu dans le temps ni moins dans l’espace. En tout cas, pas pendant ce temps. Et pire, beaucoup prennent celles-ci comme de l’argent comptant ou se plaisent à mentir volontairement parce qu’on est en avril, lequel mois où le mensonge est permis partout et pour tous puisqu’on se doit d’employer le groupe des noms, « poisson d’avril » pour s’éclater de rire les uns les autres. Mais dans quel intérêt le fait-on ? Ternir l’image de la cible ou de faire du buzz pour son propre compte ?  Apprécierait-elle ce traitement à son égard  quand elle le saura? Cela peut-il tenir son image ? Le mérite-t-elle vraiment ? N’y a-t-il pas là une atteinte à sa personne morale ou physique ? Peut-il vous traduire en justice et pour quel motif ? Des questions qui méritent d’être pensées et posées par quiconque s’adonnant à ce phénomène avant de faire son truc. Ma prétention est loin de faire l’avocat de qui que ce soit comme l’auraient fait certains notamment les spécialistes en la matière, mais de partager avec vous dans ces lignes qui suivent un cas de poisson d’avril dont j’étais témoin dans mon quartier qui a failli mal se tourner pour son initiateur. 

C’était hier à Sebenicoro en commune IV du district de Bamako (Mali), plus précisément à Sebenicoro-bada (au bord du fleuve) derrière la résidence de l’ambassade du Japon au Mali où cette scène s’est produite. C’était aux environs de 14heures, une famille non loin du lieu a été informée d’une supposée noyade d’un de leurs enfants dans le fleuve par une de leurs connaissances par téléphone. Informée ainsi,  toute la famille est du coup, tristement et précipitamment,  descendue, sous le soleil fortement rayonnant, pour chercher le « cadavre » de leur petit. À leur arrivée sur le lieu, ils ont appris que la triste scène n’a pas eu lieu là-bas par des gens sur place, des exploitants de sable et de gravier, maîtres du lieu. C’est comme cela, on leur a fait comprendre qu’il s’agissait peut-être d’un poisson d’avril. Un gros soulagement pour beaucoup, mais Fatim (nom que je lui colle ici), tante et mère adoptive du gamin, est du genre à ne pas se laisser faire malgré qu’elle soit  une personne de nature timide. 

Pour la petite anecdote, lorsqu’elle est descendue de son véhicule à sa venue et qu’elle reçut au même moment un appel entrant sur son téléphone, elle n’a pas pu le décrocher tellement qu’elle fut sous le choc avec des mains tremblantes évidemment. Elle a dû le passer à quelqu’un d’autre pour le faire. C’était son mari qui a appelé. Il était en train de venir et voulait en même temps s’imprégner des dernières nouvelles sur la situation.

Entre temps, il a été conseillé à la dame de rappeler le lanceur d’alerte pour s’assurer bien, une dernière fois, s’il ne s’était pas trompé de lieu. Ce dernier a confirmé avant de révéler la nature de son jeu: poisson d’avril. Comme justificatif, il avançait ceci: « je voulais juste savoir  si l’on a de l’affection pour l’enfant dans sa famille. Et, comme on est en avril, j’ai lancé cette fausse alerte pour voir si on allait se mobiliser massivement  pour chercher son corps. Chose que vous avez faite. » Avant de rassurer à son tour la famille et les autres présents là-bas : « L’enfant, il est actuellement avec moi. Il est sain et sauf. « . 

Bouleversée par ce qu’elle venait d’entendre au lieu de retrouver son souffle normal comme beaucoup sur-le-champ, Fatim répondit au monsieur en ces termes: « Mon cher, tu vas expliquer cela à la police… »

Imaginez ! D’un poisson d’avril, on était à deux doigts de passer à la Samuel Éto’o fils-jeune Afrique. 
Mais heureusement ou malheureusement, il y a eu des gens qui lui ont supplié de ne pas le faire, de laisser ce dernier avec sa conscience. Demande qu’elle finit par accepter pour le  respect et la considération qu’elle manifeste envers ces derniers-là. Si seulement ces gens ne sont pas intervenus, le lanceur d’alerte serait, au moment même où je m’apprête à boucler ce billet, entre les mains de la police. 

À noter aussi que si la nommée Fatim est revenue sur sa décision, d’autres, à sa place, ne le feront sans doute pas. Alors, disons que si l’on peut arrêter avec les poissons d’avril ou du moins savoir dans quelle sauce les mettre, ce serait mieux !

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Éthique, Faits divers

La dépigmentation au Mali : se détruire pour ressembler à l’autre

​Au Mali, la femme de teint clair semble de plus en plus enviable et convoitable par les hommes surtout les jeunes dès sa première vue. Or on ne naît pas tous clairs ici. De nature, nous sommes noirs, noirs comme couleur de peau en Afrique. Mais cette couleur gêne beaucoup d’entre nous surtout dans la gent féminine, car beaucoup d’entre elles pensent qu’elles seraient inaperçues par les hommes rien qu’à cause de la couleur de leur peau (noire). Ainsi, n’y a-t-il pas un complexe d’infériorité chez elles?  La peau claire est-elle devenue un critère de beauté dans notre société? Des questions qu’on se doit de se les poser.

En fait, les femmes dans ce cas de complexité trouvent un autre moyen de se faire claire pour avoir des conquêtes amoureuses et avoir plus de visibilité et d’affection dans la société. Ce moyen, c’est l’usage des produits pour des fins esthétiques sur leur corps dont les conséquences leur comptent peu. C’est la dépigmentation!

Comme la teinte claire est devenue un critère de beauté, celles qui se sentent gênées par leur couleur, se dépigmentent dans le but de plaire aux autres. C’est ainsi qu’elles utilisent ces produits sous forme de crème, de gels, du lait corporel, du savon parmi d’autres, mélangés les uns aux autres souvent. Certaines le font sans être  conscientes de leurs effets néfastes sur le corps au depart, mais à la fin, finissent par s’en rendre compte, à en croire une consœur blogueuse, Fatim Touré.

Elles dépensent des fonds considérables pour s’octroyer ces produits dans les boutiques de luxe beauté. Et souvent elles sont épaulées par leurs partenaires. C’est dire qu’elles le font en complicité avec ces derniers étant donné qu’ils aiment ça. C’est pourquoi Fatoumata Signo Traoré (fière de son teint naturel), étudiante en droit privé à l’université de Bamako, trouve que nous, les hommes, nous avons aussi une part de responsabilité dedans, car nous avons une faible résistance devant les femmes claires.

D’ailleurs tu sors avec une « prodimunnɑɑ » , adepte de la dépigmentation en langue bamanan, tu vas financer d’une manière ou d’une autre ou tu laisses la place aux autres capables de le faire. Il faut signaler notamment que les hommes aussi commencent à entrer dans la danse pour les mêmes raisons.

Toutefois, ça peut tourner à la dérive, à l’envers. Au lieu d’avoir la couleur de peau cherchée, tant souhaitée (claire et unique), elles auront plusieurs couleurs à la fois sur leurs corps. Leur odeur devient insupportable, fade pour les autres. Or, elles pensent plaire à ces derniers. Parfois, je me demande même, comment elles font pour se supporter elles-mêmes?   Se parfumer, bien sûr. Difficile également qu’elles puissent marcher comme les autres avec leurs teints naturels sous le soleil pendant la période de chaleur, car leur peau est fragilisée et ne peut supporter le soleil et la chaleur. Quelle souffrance!

 

Outre ces difficultés, il faut noter également les maladies liées à cette dépigmentation comme les cancers de peau ou encore les difficultés de prise en charge en cas d’urgence pour des cas chirurgicaux.

En tout, ceux qui se depigmentent pour plaire exposent leur complexe d’infériorité. La beauté, ce n’est pas seulement le caractère physique. Elle réside aussi dans les aptitudes morales et intellectuelles. Lesquelles aptitudes doivent primer sur celles physiques. Mes mères et sœurs (et frères), décomplexez-vous! Celui ou celle qui vous aime réellement, vous aimerez même si vous êtes noirs comme charbon. Ce n’est pas une raison de vous exposer à la dépigmentation avec toutes ses conséquences qu’on connaît. Soyons fiers de ce dont la nature nous a dotés!

Comme le dit une sagesse bambara reprise par le doyen Seydou Badian Kouyaté dans son Sous l’Orage : 《Un tronc d’arbre sous l’eau ne se transformera jamais en crocodile, peu importe sa durée》.